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Groupe de Reflexion et d'Action pour le Tchad
"Un blog Indépendant qui va au délà de l'actualité"

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Merci à notre ami et confrère ABDU DIA qui a assuré l’intérim pendant notre absence…

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 18:43

Wade et son fils

Respirant la forme dans sa résidence privée sise à Versailles, c’est un Abdoulaye Wade relaxe et détendu,  mais aussi nostalgique du pays de la Téranga, que les envoyés spéciaux du groupe D Media ont rencontré en début de semaine. Avec spontanéité, et avec l’humour patriarcal qu’on lui connait, le père de Karim Wade a décidé  de répondre à nos questions à cœur ouvert. Sans détours, sans langue de bois, il évoque ses projets, ses activités de l’heure, son parti, et offre une grille de lecture de l’actualité nationale et internationale rythmée par le conflit qui prévaut en Centrafrique. L’ancien président de la République du Sénégal, entouré de son directeur de cabinet Assane et de son garde du corps Bro, n’a pas perdu de sa superbe. Il dit être sur plusieurs fronts, entre deux avions, dans son nouveau rôle de médiateur et de conseiller auprès des Etats qui sollicitent ses services. Peiné par la tournure prise par la traque des biens mal acquis, il estime que le Sénégal est présentement sur une pente dangereuse, du fait d’un régime qui adopte une démarche attentatoire vis-à-vis des libertés humaines et de la démocratie. Me Wade, égal à lui-même, se considère comme le meilleur président que le Sénégal n’ait jamais connu. Annonçant son retour imminent au Sénégal, il est convaincu que son fils, Karim, pourrait bien être, dans les échéances à venir, président de la République du Sénégal, voire président des Etats-Unis d’Afrique. Entretien exclusif qui sera diffusé dimanche soir sur Sen Tv. 

Il parait que vous avez été sollicité pour une médiation pour le retour de la paix en Centrafrique ? 

Là où je suis à Versailles, beaucoup de journalistes  ont essayé de me rencontrer  par le biais de mes collaborateurs afin que je me prononce sur l’actualité sénégalaise ou africaine, mais à chaque j’ai décliné leur requête. Par principe je ne vais pas me prononcer sur l’actualité politique sénégalaise, je ne veux rien faire ou dire qui trouble la situation du pays.  Mais vous avez évoqué un problème africain. C’est vrai que je suis sénégalais mais mon africanité est telle que je dis souvent que je suis plus africain que sénégalais.  Depuis presque un an voire plus, des gens viennent me voir en disant qu’ils ont entendu tout ce j’ai fait en matière de médiation en Afrique, et mon travail pour le retour de la paix entre des pays africains ou à l’intérieur d’un pays déchiré par des guerres tribales, éthiques ou religieuses. Ils m’ont proposé de venir faire quelque chose en Centrafrique.  D’ailleurs c’est dans ce cadre que des personnes m’ont soutenu pour que je mette sur pieds une Fondation qui s’appelle Fondation Abdoulaye Wade pour la Paix. Elle a été déclarée à Dakar et son administrateur est Me Madické Niang. Ce sont ces gens qui m’ont poussé à créer cette Fondation,  parce qu’il y a des tensions partout au Sénégal. Mais récemment quelque chose est arrivée. J’avais même commencé à y travailler.  Ces derniers jours vous avez entendu que j’étais en visite en Ouganda. Le président Musoveni c’est un ami. En plus il est dans une zone où il y a deux fortes personnalités à savoir le président Omar El Bachir du Soudan et le président ougandais Yoweri Museveni. Entre ces deux hommes, s’il y avait la paix, cela devrait changer beaucoup de choses. C’est dans ce cadre que je suis parti voir mon ami le président de l’Ouganda. Il m’a dit qu’il était prêt à   rencontrer le Président Omar El Bachir et lui serrer la main. Cela m’a beaucoup plu. Mais avant d’étamer les démarches, la guerre a éclaté en Centrafrique. Les  Français ont débarqué avec leurs troupes  et la situation  devient catastrophique. Je me suis dis que je ne vais pas intervenir dans  une zone qui est en guerre. Certains parmi qui ceux ont renversé Bozizé viennent de l’Ouganda. Il y a des opposants Ougandais qui sont en Centrafrique et vice versa.  C’est pour cela que j’ai laissé tomber. Et je me suis concentré sur mes  affaires. Il y a de cela quelques jours, un émissaire de François Bozizé, Ely Dossé, m’a appelé pour me demander d’intervenir en Centrafrique. Il a dit avoir rencontré les autorités françaises  mais il m’a dit  qu’il est convaincu que la démarche choisie pour régler ce problème n’est pas la bonne.  C’est pourquoi il voudrait que j’intervienne de manière alternative pour le retour de la paix en Centrafrique.  Après cela, un Français qui dirige un institut de prospective et de sécurité européenne, accompagné par un Sénégalais, est venu me voir pour me dire qu’il souhaiterait organiser  un colloque à  l’Assemblée nationale française et inviter beaucoup de d’hommes politique . Et il voudrait que  je préside le colloque. Je lui ai à quel titre. Il m’a répondu, qu’il est convaincu que la démarche adoptée par les Français pour régler le problème de la Centrafrique n’était pas bonne. En plus de cela, tout le monde connait mon engagement pour le panafricanisme et la paix en Afrique. Après concertation avec quelques uns de mes collaborateurs, je me suis dis qu’au regard de mon expérience, je n’ai pas le droit de rester sans rien faire  pour la Centrafrique.  C’est fort de cela que j’ai pris l’engagement d’essayer  de faire quelque chose. Hormis cela vous êtes venus  à Paris dans le Cadre du Groupe consultatif de Paris. Vous m’avez appelé pour me dire que vous souhaiteriez me rendre  une visite de courtoisie. Ce qui m’a beaucoup plu. Vous n’étiez même pas venus avec des caméras et on discuté de manière relaxe dans un premier temps. On a parlé du Sénégal de l’Afrique. Suite à cela, vous m’avez dit qu’on a  entendu que vous êtes sur le point d’aller intervenir  en Centrafrique. Et que vous souhaiteriez en discuter avec moi. Après réflexion, je vous ai accordé l’entretien.

Sur quoi repose l’espoir que les Centrafricains portent sur vous alors que vous n’exercez plus le pouvoir ? 

Cela veut dire qu’ils me connaissent.  Quand je voyage en Afrique, je me dis que j’ai  plus de popularité  en Afrique qu’au Sénégal. Avant-hier lorsque je revenais  de  Brazzaville. Il y avait un monde fou autour de moi. Chacun voulait prendre une photographie avec moi : militaires, civils, enfants… tout le monde voulait me serrer la main. Les Africains ne connaissent et savent ce que j’ai fait pour mon pays et l’Afrique de manière générale. J’ai commencé à faire de la médiation en Afrique bien  avant mon accession au pouvoir.

Que pensez-vous des guerres récurrentes qui secouent l’Afrique ? 

J’ai une fois écrit dans le journal le Monde, il y a longtemps, que l’Afrique n’a pas réglé  un problème : comment conquérir le pouvoir et comment quitter le pouvoir ?  Les Européens et les Américains ont déjà réglé ce problème. L’Afrique n’a pas réglé ce problème. Véritablement cela remonte d’avant les indépendances. Les Français et les Anglais ont colonisé l’Afrique, ils contrôlaient le pouvoir. Lorsqu’il s’est agit de donner l’indépendance à ces pays,  qu’est-ce qu’ils ont fait ? Au Sénégal, les Français ont donné le pouvoir à Senghor, en Côte d’Ivoire à Houphouet  Boigny. Cela n’est pas la démocratie. On devait organiser des élections libres et transparentes  mais on a choisi des personnes  sans le consentement populaire. C’est la même chose depuis 50 ans. Senghor a fait la même chose lorsqu’il quittait le pouvoir, il a changé un article de la constitution d’alors et Abdou Diouf a accédé au pouvoir en toute illégitimité. Ce n’est pas cela la démocratie. En son temps une haute autorité de la France m’avait appelé pour me dire que ce qu’était en train de faire Senghor n’était pas démocratique. Il m’a recommandé de descendre dans la rue mais je ne l’ai pas fait.   Il me disait que si je le faisais, la France allait me soutenir mais je n’y croyais pas. Je pouvais le faire parce que pratiquement j’ai le peuple derrière moi.  Mais je ne croyais pas au soutien de la France parce qu’elle ne me l’a pas dit officiellement. C’est une seule autorité française à l’époque qui me l’avait dit. L’origine de tout cela, c’est la décolonisation. Un mal, il faut le guérir par la racine.

Certains disent que vous avez trompé Senghor pour créer votre parti ?

La politique et la ruse vont de pair.

Donc vous confirmez ?

C’est vrai que je l’ai driblé (il éclate de rire). Qu’on se dise la vérité.  Il y a des gens qui étaient là bien avant  moi et qui ont tout fait pour avoir un parti en vain. C’est le cas de Cheikh Anta Diop. C’est un homme que je respecte beaucoup, c’est un éminent égyptologue  mais il n’était pas conciliant. Il croyait qu’en faisant les choses normalement, il allait gagner les élections. Sa vision de la politique ne pouvait pas prospérer en Afrique. Pour réussir en politique en Afrique, il faut des fois être souple. Je savais que je ne pouvais pas utiliser la force avec Senghor. Il fallait créer un climat de confiance entre nous deux. On  avait des relations telles  qu’il savait que même si je prenais le pouvoir, je n’allais pas le poursuivre. Si je m’étais montré hostile à son égard,  je n’allais rien obtenir.  Tous les partis  d’opposition et du pouvoir d’Afrique étaient représentés à la conférence que j’avais organisée à Dakar. J’avais dit aux partis d’opposition d’être souple avec les partis au pouvoir. Je leur avais aussi précisé que s’ils promettaient des poursuites judiciaires une fois arrivés au pouvoir, ils n’allaient jamais accéder au pouvoir. Lorsque j’ai dit cela à l’opposition Togolaise d’alors, ils ne m’avaient pas écouté. Finalement Eyadéma est resté au pouvoir longtemps. On était cinq personnes chez moi  pour créer le Pds mais je leur ai dit qu’il fallait me laisser conduire le parti à ma manière. Je suis parti voir Serigne Cheikh Mbacké. Il m’a dit : «vous les intellectuels, le  pays vous  a envoyé faire des études à l’étranger. Vous êtes revenu au pays avec du savoir mais chacun s’active pour son compte  et vous ne faites rien pour le pays». J’ai dit à  Cheikh Anta diop de créer un parti mais il m’a répondu qu’il avait créé un parti que Senghor avait dissout. J’ai  appelé Cheikh Fall qui était à Air Afrique  pour lui demander de créer un parti afin que je puisse l’accompagner mais il m’a dit  d’organiser une rencontre  avec Senghor.  Cheikh Fall croyait que Senghor allait lui donner le pouvoir. A l’époque  j’étais à Abidjan,  comme consultant  à la Bad (Banque africaine de développment,Ndlr). A Mogadiscio, j’ai dit à Moustapha Niasse qui était Directeur de Cabinet de Senghor que je voulais voir le président. Il m’a donné son accord. Je suis parti lui dire que je voulais créer un parti. Il ma dit «oui, je vais appeler Jean Colin et il va de donner ton récépissé tout de suite». Mais Senghor a expliqué dans le livre de Jacques Focard qu’il croyait que je  ne voulais qu’un poste ministériel mais il ne soupçonnait pas que j’allais créer un parti d’opposition. Dans l’avion que j’ai pris à destination de Paris, je me suis dit qu’un parti d’opposition ne pouvait pas prospérer au Sénégal. Dès que je suis descendu à Paris, les journalistes m’ont dit : «il parait que vous allez créer un parti d’opposition». Mais j’ai dit que je comptais créer un parti de contribution, non un parti d’opposition. J’ai joué sur les termes et cela a surpris tout le monde. Lorsque que Senghor est revenu au Sénégal, il fut attaqué de tous bords par ses camarades de parti(Ups). Mais il leur a répondu que Wade n’allait pas créer un parti d’opposition mais un parti de contribution. Le Pds s’est massifié rapidement et a commencé à faire peur. Senghor a dit à Niasse de me dire de revenir au bercail, car il voulait me nommer au bureau politique et me donner des responsabilités  afin que je constitue avec Abdou Diouf, le groupe intellectuel. Niasse est venu nuitamment me le dire. Je lui au répondu d’aller dire à Senghor que je suis d’accord mais à condition qu’il me laisse moi même dissoudre le Pds. Et Senghor a applaudi des deux mains. Mais le congrès n’a jamais été convoqué et je n’y pensais même pas. C’est ça la ruse. D’ailleurs je suis en train d’écrire un livre sur les astuces en politique. C’est des choses qui ne sont enseignées dans une université de science politique ou dans les livres de science politique.

Quel sera le titre du livre ?

Pour l’instant je l’ai titré «Astuces, stratagèmes et trucs en politique». J’ai déjà l’éditeur et j’ai commencé à l’écrire.

Certains Sénégalais disent avoir votre nostalgie…

C’est normal. Toute personne à des fidèles et des amis. On m’appelle chaque pour me dire à quand le retour. C’est les gens qui donnent des dates mais je n’ai pas encore donné de date.

Quand comptez-vous rentrer au Sénégal ?

Je ne peux pas donner de date préciser mais retenez que d’ici un mois, voire un peu plus, je reviendrai au Sénégal. Je vais revenir au Sénégal  parce j’ai quelque chose au Sénégal. Le fait est que je suis allé à l’élection et on m’a gagné démocratiquement. C’est ça la réalité. Il y a une de l’influence mais le fait est qu’on m’a gagné par la voie des urnes. Je gère jusqu’à présent le parti. Après notre départ du pouvoir, beaucoup ont dit que je devais laisser le parti entre les mains d’une autre personne. Si j’avais dit : «on m’a battu aux élections, je quitte la politique», le Pds allait se briser en mille morceaux.  Est-ce que vous avez vu en Afrique un parti qui perd le pouvoir et qui continue à fonctionner correctement. Cà n’existe pas. En général Donc si le Pds est toujours à l’œuvre aujourd’hui, en tant que première force politique du Sénégal, c’est parce que je suis toujours derrière le parti. J’ai nommé Oumar Sarr coordonnateur du Pds mais c’est moi qui tiens les rênes. Je l’avise  avant de prendre une décision, tout comme il me tient au courant avant de prendre des initiatives. Je profite de cette occasion pour parler de la situation qui prévaut au niveau des cadres du Pds.  Ca me fait mal que l’on dise que j’ai décidé du jour au lendemain de dissoudre la fédération des cadres libéraux. J’ai été le premier à mettre sur pied une fédération de cadres au sein d’un parti politique sénégalais. Tous les autres n’ont fait qu’imiter la tendance que nous avions impulsée. Je sais que les cadres ont un rôle à jouer, tout comme les jeunes et les femmes… Il se trouve que ceux qui dirigent la fédération des cadres libéraux sont emprisonnés, et Dieu seul et éventuellement ceux qui les ont mis en prison savent quand ils seront libérés.

Donc vous n’avez pas pris la décision de destituer Abdou Aziz Diop et compagnie…

Je les ai confirmés dans leurs fonctions, en excluant l’éventualité de les remplacer par d’autres personnes. Personne ne remplacera Aziz Diop mais  à l’issue  de mes concertations avec Oumar Sarr, nous avons retenu l’idée de mettre en place, de façon transitoire, une commission nationale de cadres chargée de faire fonctionner le parti, parce que ce serait dramatique et inconcevable que les activités des cadres libéraux soient gelées  par la procédure judiciaire qui incrimine certains d’entre eux. Ceux qui sont dans les  liens de la détention reprendront leur poste dès qu’ils sortiront de prison. Quant à Lamine Bâ, toutes les personnes auxquelles je me suis adressé conviennent que c’est un bon militant. Il m’a écrit une lettre dans laquelle il m’a demandé de lui confier la fédération des cadres libéraux, pour pallier à l’absence d’Aziz Diop. Je lui ai dit que ça ne l’arrangerait pas que je prenne une telle décision, et que la meilleure des choses à faire serait de mettre  sur pied une commission transitoire pour remobiliser les troupes. J’ai donné toute la latitude de matérialiser cette structure. Cependant il se trouve qu’au Sénégal, beaucoup de responsables politiques n’ont pas la carrure de responsables politiques avec tout ce que cela comporte comme exigence. J’ai formé un certain nombre d’entre eux mais il semble qu’il y a parmi eux des gens qui n’ont pas bien assimilé mes enseignements.  Notamment en ce qui concerne leurs sorties dans les médias. C’est une erreur lorsqu’un homme politique, interpellé par les journalistes, donne son point de vue sur des rumeurs, sans savoir le bien fondé de celles-ci. Avant d’analyser des propos attribués à Abdoulaye Wade, il faudrait qu’ils prennent la précaution de vérifier si oui ou non Abdoulaye Wade et bel et bien tenu tel ou tel discours. Et il devrait en être ainsi en ce qui concerne tous les propos relayés dans l’espace public. Nous avons des adversaires qui, jour et nuit, pensent à manœuvrer  pour gêner le Pds.  Et ces gens là ont tout fait pour créer une polémique autour des cadres du Pds, en me prêtant des intentions que je n’ai jamais eues. Tous les responsables libéraux qui ont réagi à tort et à travers à  cette polémique doivent se remettre en question, et s’améliorer davantage en ce qui concerne leur formation politique.

Il semblerait que les membres du Pds, lorsque vous étiez au pouvoir, n’osaient pas remettre en question les décisions émanant de vous. Comme s’il y avait un sentiment de crainte Qu’en est-il en ce qui concerne votre statut de seule constante du Pds ?

(Il sourit) J’ai entendu parler de cela.  Je ne sais pas si les gens ont peur de moi ou pas  mais j’estime que je ne suis pas une personne qui inspire la crainte. Nul ne doit avoir peur de moi parce que je ne suis pas méchant, je n’emprisonne personne et je ne musèle personne. Mais étant donné que j’ai quitté le pouvoir, et étant donné que je ne suis pas au Sénégal, ceux qui  ont des rapports quotidiens avec moi et savent ce que je fais ne sont pas nombreux.  Je suis régulièrement en contact avec Oumar Sarr, Madickè Niang, Amadou Sall, Babacar Gaye, Samuel Sarr… mais les autres ne connaissent pas exactement mes activités.  Et ces gens là vivent une inquiétude. Ils se disent que si Abdoulaye Wade gèle ses activités au Pds, le parti va s’émietter en mille morceaux. En outre mes adversaires exploitent une telle situation.

 

Les gens attendent également que le Pds tienne un congrès pour choisir un nouveau secrétaire général. Quand cela se fera-t-il ?

A la veille de la présidentielle on a tenu un congrès pour officialiser ma candidature. Mais à la suite des élections,  je n’ai pas estimé nécessaire d’organiser un congrès, parce que si nous en organisons un, il faudrait que je cherche des remplaçants habilités à gérer le parti, et il faudrait que je gèle mes activités politiques au sein du Pds. C’est ce que j’aurais fait si je comptais me retirer de l’espace politique, mais étant donné que je suis toujours présent, malgré mes nombreux voyages,  j’ai conservé  la structure actuelle sur laquelle repose le Pds. D’ailleurs, même si je comptais organiser un congrès, il faudrait que je me concerte avec les militants qui sont à la base et ceux qui sont au sommet. Il est clair qu’un jour j’organiserais un congrès avant de quitter le parti, mais cela nécessite certains préalables parce que je ne veux pas porter préjudice au parti qui risque de disparaitre si je le quitte d’une certaine manière. Je suis le dénominateur commun, le responsable, et si je rentre au Sénégal, tous les démissionnaires vont revenir dans les rangs du parti inchallah. Beaucoup d’entre eux croyaient que je ne reviendrai plus mais s’ils me voient actifs au bercail, comme auparavant,  en organisant des meetings, entre autres activités, ils vont réintégrer le Pds. La plupart des libéraux qui ont quitté le parti l’ont fait du fait de l’incertitude et de la crainte.

Des libéraux remettent en question certains de vos choix et déplorent le fait que vous nommiez des proches de Karim Wade. Qu’en pensez-vous ?

Un parti politique, surtout le Pds, fonctionne et vit sur la base des prises de position plurielles. Ce serait révélateur d’un manque d’ambition de ses membres s’il n’y avait pas de mouvement, de tiraillements, et de prises de position divergentes. C’est cela qui fait la vitalité du Pds,  et c’est cela qui fait qu’il y a toute une ébullition au moment de renouveler les instances du parti. Il faut savoir faire la part des choses parce qu’il y a rassemblement et rassemblement. Le Pds est le seul parti où les gens savent exactement les raisons pour lesquelles ils y militent. Si vous allez voir un paysan aux confins du Sénégal, il vous dira qu’il a de la sympathie pour le Pds parce qu’Abdoulaye Wade a réalisé ceci ou cela. Aucun autre parti ne peut se prévaloir d’un tel statut.

D’aucuns disent que Karim Wade a le même tempérament que vous. Est-ce le cas ?

Heureusement qu’il en est ainsi. Parce que s’il manquait de vergogne cela me ferait très mal. Je sais qu’il ne pourrait en être autrement parce que  cela relève de l’hérédité. Karim est victime d’un complot.  On ne m’a pratiquement pas entendu parler du cas de Karim  mais comme on dit en woloff, «même celui qui n’a jamais été à Ganar sait qu’on y dine le soir». Même sans me poser de question à ce propos vous savez pertinemment que l’emprisonnement de Karim me fait mal. Cela me ferait encore plus mal s’il était avéré que Karim a été incarcéré parce qu’il a fauté dans sa gestion ou parce qu’il a volé les biens des Sénégalais. Mais jusqu’à l’heure où je vous parle on ne peut pas dire quelle faute il a commise, alors qu’il est en prison depuis bientôt deux ans. Heureusement que Dieu lui a donné du caractère et de la vergogne qui lui permettent de résister, d’autant plus qu’il sait qu’un jour ou l’autre tout cet acharnement sur sa personne prendra fin. Karim a hérité de moi un tempérament que j’ai moi-même hérité de mon père. Vous êtes jeunes mais ceux qui connaissent mon père savent que c’est un ancien combattant qui a fait la guerre de 14 – 18. Ils vous diront aussi que c’est normal que je sois tel que je suis parce que mon père était ainsi. Personne ne lui marchait sur les pieds, personne ne lui manquait de respect. Il disait qu’il ne faut pas attendre pour apporter une réponse à une offense. Il faut rétablir les choses à chaud. Et je suis heureux que Karim soit quelqu’un de robuste.

Beaucoup de personnes vont lui rendre visite en prison. N’est ce pas parce qu’il s’est posé en victime pour attirer la sympathie des Sénégalais?

Les gens vont le voir de plein gré. Il n’a demandé à personne de venir lui rendre visite. Que personne ne dise qu’il a lancé un appel ou du distribué de l’argent pour que les gens passent le voir. Les gens ont analysé la situation de leur propre chef et décidé d’aller le parce qu’ils l’estiment, ou parce qu’ils croient qu’il est victime d’un complot. Donc c’est tout à fait normal. Quand j’étais en prison les gens venaient me voir mais lui reçoit beaucoup plus de visiteurs que n’en ai reçu à l’époque. Je n’ai jamais reçu 200 visiteurs par jour.

Et qu’est ce que cela vous inspire ?

Chacun prie pour que ses enfants le dépassent et fassent plus qu’il n’a réalisé. Donc j’en suis très heureux, et je serai ravi qu’il ait une plus grande envergure politique que moi. Toutefois, (il plaisante) Karim ne pourra pas me dépasser sur le plan des études.

 Pour vous dépasser sur le plan politique il faudrait que Karim Wade soit au moins président de la République du Sénégal. Est-ce possible ?

Bien sûr. Même au-delà.  L’Afrique est sur la voie de l’intégration et nous nous acheminons vers les Etats-Unis d’Afrique. Cela se fera d’ici la prochaine génération. Et Karim pourrait même être président des Etats-Unis d’Afrique. Ce serait très bien qu’il fasse mieux que moi d’un point de vue politique.

Que pensez-vous de l’incarcération d’Aïda Ndiongue et de la fortune colossale qu’on lui attribue ?

Aïda Ndiongue est de ma famille, elle est également quelqu’un que j’estime  beaucoup. Elle a de l’audace tout comme moi, et je partage avec elle plusieurs autres qualités. C’est une femme de poigne, une battante, et je vous fais savoir qu’elle n’a pas peur, même de la mort. Je ne veux pas trop parler d’affaires pendantes devant la justice mais je vous assure qu’elle est emprisonnée à tort. Je m’en tiens là. Il en va de même pour Aïdara Sylla. Il serait inconcevable que le président français ou le président des Usa emprisonne quelqu’un juste parce qu’on lui a dit que cette personne détient 50 ou 100 milliards. Il faut savoir raison garder car les gens sont libres d’acquérir une fortune personnelle. Cependant nul ne doit s’approprier l’argent de la collectivité. C’est cela le principe. C’est avoir un esprit de sous-développement que d’être systématiquement suspicieux à l’endroit des personnes qui sont riches et qui ont acquis des milliards et des milliards en bonne et due forme. Au Sénégal on viole vraiment la démocratie. Aïda Ndiongue est une bonne citoyenne sénégalaise.

Qu’en est-il de la gestion du Sénégal actuelle ?

Je sais qu’actuellement, au Sénégal, les choses fonctionnent à l’envers. Cela ne va nous mener nulle part. On dirait que les gens ont quitté la voie que j’avais empruntée. Il n’y a pas de démocratie, on emprisonne des gens sur des bases non fondées, et je ne parle pas que de Karim. Il y 25 personnes qui avaient été blacklistées et interdites de sortir du Sénégal simplement parce que ces personnes ont été mes ministres. Certains d’entre eux tirent leurs revenus de relations d’affaires qui font qu’ils doivent naviguer entre le Sénégal et d’autres pays. Et ces personnes sont entravées par le régime. Il y a six libertés fondamentales : la liberté d’aller et de venir, la liberté de pensée, la liberté religieuse, le droit de propriété… et si l’une de ces libertés fait défaut aux gens, la démocratie disparait. On ne peut pas interdire à quelqu’un de quitter le territoire sans lui dire sur quoi repose cette interdiction. On a voulu maintenir Karim au Sénégal car ils croyaient que s’il quittait le Sénégal, il allait cacher l’argent qu’il détendrait à l’étranger. Cela serait compréhensible dans la logique de ceux qui l’on emprisonné, mais cela ne veut pas dire que ces gens ont raison. Mais il y a d’autres personnes qu’on a entravé, qu’on a empêché de quitter le Sénégal alors même que le régime sait pertinemment que ces personnes ne sont pas fautives et qu’elles n’ont pas beaucoup d’argent. C’est de la discrimination pure et dure. LATRIBUNE

 

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Published by Evariste DJETEKE K. - dans Opinions
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