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Groupe de Reflexion et d'Action pour le Tchad
"Un blog Indépendant qui va au délà de l'actualité"

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Entre Nous

 

 

Merci à notre ami et confrère ABDU DIA qui a assuré l’intérim pendant notre absence…

Merci aussi à Melle Geraldine Faye pour ses contributions et son appui à Abdu DIA.

Confraternellement

 


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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 11:34

 

Sankara

 

Thomas Sankara. Va-t-on procéder à l’exhumation de ses restes ?

Va-t-on exhumer les restes du capitaine Thomas Sankara pour procéder à des expertises afin de s’assurer que sa tombe est bel et bien au cimetière de Dag-Noën ? La justice devrait en principe donner son verdict aujourd’hui mercredi 2 avril 2014. Tous les yeux sont tournés vers la chambre civile du tribunal de grande instance de Ouagadougou qui, depuis le 21 octobre 2010, est saisie de la procédure d’assignation en reconnaissance officielle de la sépulture de Thomas Sankara. C’est un exploit d’huissier intenté par les ayants-droits de l’homme de la révolution d’août 83. En attendant d’en connaître le délibéré, nous avons échangé hier 1er avril 2014 avec Me Prosper Farama, un des avocats de la partie civile (la famille Sankara) sur divers aspects de cette procédure qui pend devant les juges civils depuis le 21 octobre 2010.  

Selon vous, qu’est-ce qui va (ou peut) se passer ce mercredi 2 avril 2014 au palais de justice de Ouagadougou ? 

On ne peut pas présager de ce qui va se passer. Le tribunal avait requis que certaines pièces lui soient communiquées. Soit il nous livrera un délibéré, soit le tribunal prorogera le délibéré, ou encore il peut rouvrir les débats s’il estime que sur certaines pièces il y a nécessité de débattre, de faire des observations, etc.

Il faut rappeler que le tribunal avait rabattu son délibéré dans l’attente que des pièces lui soient communiquées. C’est la partie de l’Etat burkinabè qui avait évoqué ces pièces pour sa défense. A ce jour tous ces documents ont été transmis.

 

Dites-nous l’intérêt de ces pièces dans la procédure actuelle. 

Il n’y a que le tribunal qui peut apprécier. Sinon en ce qui nous concerne, nous pensions avoir fourni toutes les pièces nécessaires dans cette procédure. La question essentielle qui était posée, à savoir expertiser la tombe car avec les éléments factuels en notre possession, personne ne peut certifier de manière scientifique et donc irréfutable que les restes de Sankara sont dans cette sépulture. Sur un plan purement juridique on n’avait pas besoin de toute cette procédure, de toutes ces pièces pour demander l’expertise de la tombe. Mais vous savez qu’un tribunal est souverain et peut exiger les pièces qui lui semblent utiles pour apprécier une cause.

Il faut savoir que l’Etat burkinabè invoque d’autres arguments. Pour lui il n’est pas nécessaire de procéder à cette expertise, ce, d’autant plus que ça répond à une demande qui, selon lui, a déjà été satisfaite. Parce que le Comité des droits de l’homme des Nations unies avait fait injonction à l’Etat burkinabè d’indiquer à la famille la tombe de Sankara. L’Etat estime qu’avoir localisé la tombe matériellement et géographiquement revenait à dire que la tombe était celle de Thomas Sankara et que l’expertise n’avait plus lieu d’être.

 

Mais comment être sûr que c’est vraiment là que gît le leader de la révolution d’août 83 ? 

 

C’est là toute la question, mais pour l’Etat burkinabè, c’est un faux problème. L’un des arguments invoqués est de dire que chaque année les Sankaristes font un pèlerinage sur la tombe de Sankara à Dag-Noën. Pour l’Etat, si les Sankaristes n’étaient pas persuadés que c’est vraiment là que repose leur idole, ce pèlerinage annuel n’aurait jamais lieu. Mais cette argumentation ne tient pas juridiquement la route.

 

Au juste en quoi va consister cette expertise que vous réclamez tant ? 

Pour nous ce serait de désigner un expert habilité, de procéder à l’exhumation des restes qui sont dans la tombe et d’effectuer des tests ADN avec des membres survivants de la famille Sankara. Les résultats des tests attesteront s’il s’agit bel et bien des restes de l’homme du 4-Août qui repose dans cette sépulture.

 

La famille Sankara a-t-elle déjà fait des tests ADN dans cette perspective ? 

Non, pas encore, mais elle est disposée à les faire.

Mais pourquoi cette procédure maintenant ? 

 

Me Prosper Farama : «Les Africains doivent comprendre que le temps n’efface pas les crimes»

Il faut expliquer chronologiquement le contexte. Il y a eu une plainte qui a été déposée pour assassinat du capitaine Thomas Sankara. Mais elle n’a jamais progressé d’un iota jusqu’à ce que le Comité des droits de l’homme de l’ONU ait été saisi de la question. Ce comité a condamné l’Etat burkinabè en lui faisant une injonction d’indiquer la tombe du capitaine Thomas Sankara à sa famille.

On a attendu pendant un certain temps, mais rien n’a été fait pour que la procédure reprenne son cours.

Pour nous l’indication de la tombe devrait consister en un acte juridique et non seulement en un acte matériel. Parce qu’indiquer une tombe, c’est certifier que la personne y repose.

Pour nous, c’est une question juridique, car juridiquement personne ne peut dire que Sankara est mort. Et dans le raisonnement purement théorique, on se dit, nous avons déposé une plainte pour assassinat, mais sur le plan du droit, rien ne nous permet de dire que Sankara a été assassiné, est mort.

Or concernant ce qui s’est véritablement passé, il n’y a que les assassins et les commanditaires qui sont capables de dire ce qu’ils ont fait de Thomas Sankara. Personne d’autre ne peut nous le dire aujourd’hui, puisqu’aucune procédure n’est ouverte à cet effet pour qu’on entende qui que ce soit.

Il y a aussi un point sur l’hypothèse de l’enterrement parce que ce qu’on a entendu dire, pas dans une procédure officielle, c’est que les victimes du 15-Octobre auraient toutes été mises dans des sacs, entassées et enterrées nuitamment. Alors on se pose la question de savoir : si c’est dans ces conditions qu’ils ont procédé aux enterrements, est-ce que véritablement quelqu’un peut certifier qu’ils se sont préoccupés d’enterrer les corps en tenant compte de leurs identités ; surtout quand on entend dire que les petits papiers placés sur les tombes n’ont pas été mis par ceux qui ont procédé aux inhumations mais plus tard par d’autres personnes.

Dans ces conditions, il y a des doutes et des suspicions légitimes par rapport à l’identité des restes dans les différentes sépultures. On nous dit qu’on a enterré les victimes à Dag-Noën, mais personne ne peut être sûre de rien.

Pour toutes ces raisons, il faut que juridiquement on puisse certifier que c’est Thomas Sankara qui est dans cette tombe. C’est aussi simple que ça, et je ne vois pas pourquoi on tergiverse sur la question.

 

Pourquoi expertiser la tombe de Thomas Sankara et pas celles de ses douze compagnons d’infortune de cet après-midi fatidique du 15 octobre ? 

 

C’est parce que la procédure qui a été ouverte l’a été au nom de la famille Sankara. En tant qu’avocats, on ne peut pas intenter une procédure si la famille ne nous a pas saisis. Dans l’affaire Norbert Zongo, nous avons été approchés par toutes les familles des victimes, mais dans l’affaire Sankara, ce n’est pas le cas. Or vous savez qu’il est interdit à un avocat de faire du démarchage. On ne peut pas aller voir les familles et leur dire : «Comme votre parent est mort dans les mêmes circonstances que Sankara, permettez-nous de monter une procédure…»

Mais dans tous les cas, il faut savoir que si la procédure au pénal de l’affaire Sankara était ouverte un jour, elle le serait pour toutes les victimes, car les circonstances étant les mêmes, il ne saurait y avoir uniquement une procédure sur cette affaire en écartant les autres. Mais pour ce qui est de la constitution formelle, on ne peut pas le faire tant qu’on n’a pas été saisi par les familles des victimes.

 

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’en réalité cette affaire d’expertise est une procédure juste pour embêter le pouvoir en place ? 

 

C'était au temps du parfait amour entre les deux leaders (Blaise Compaoré et Thomas Sankara) du Conseil nation de la révolution

On ne peut pas faire une procédure pour embêter le pouvoir, ce serait une offense à la mémoire des victimes. Mais si embêter équivaut à rappeler aux gens qu’on n’assassine pas impunément des gens, pensant qu’avec le temps on passera tout ça par pertes et profits, si c’est comme ça qu’on entend l’embêtement, alors je suis d’accord que nous embêtons le pouvoir. C’est pour rappeler que la vie humaine est sacrée, et quiconque attente à la vie d’un être humain, tant qu’il sera vivant, il doit s’apprêter à répondre, il payera, il ne sera jamais en paix avec sa conscience. C’est une loi divine, sociale et positive à mon sens. J’assume pleinement toutes les procédures, car si Sankara n’avait pas été assassiné, on ne parlerait pas de ces procédures.

Il faut que les Africains comprennent une fois pour toutes une chose : le temps n’efface pas les crimes. En Afrique on a tendance à l’oublier, et certains conseillers de nos chefs d’Etat jouent sur cela en misant sur le fait qu’en Afrique, avec le temps, tout s’efface et qu’on pardonne surtout quand la victime est déjà morte.

Il faut garder à l’esprit que ces procédures ne sont pas seulement pour les morts mais aussi pour les vivants afin de décourager d’éventuelles personnes de commettre de tels actes barbares, car sachant que ses actes ne seront pas sans conséquences.

 

Au Faso, des rumeurs persistantes font état de ce que Sankara n’aurait pas été inhumé à Dag-Noën que son corps aurait été mutilé et que c’est justement pour cela que cette procédure afin d’expertise de la tombe de Sankara a été intentée. Avez-vous eu vent de ces bruits de la ville et quel commentaire en faites-vous ? 

 

On entend beaucoup ces rumeurs, mais les procédures avaient déjà été engagées avant que moi je les entende. Mais elles viennent conforter notre suspicion légitime. Sans expertise, personne ne peut certifier que cette tombe est bien celle de Thomas Sankara. A partir de là, c’est la porte ouverte à toutes les imaginations possibles.

Ces rumeurs se font persistantes au regard de l’attitude même du pouvoir burkinabè qui fait une résistance à l’expertise de la tombe. L’Etat devrait accompagner et faciliter cette expertise. Franchement on ne comprend pas cette réticence, et tout cela peut alimenter ce genre de rumeurs.

 

Si ce mercredi matin le tribunal donne son accord pour l’expertise de la tombe, dans quel délai allons-nous assister à l’exhumation des restes de Thomas Sankara ? 

C’est le tribunal qui donne le délai imparti à l’expertise, et les frais sont mis à la charge soit de la famille, soit de l’Etat ou alors on les met en réserve en attendant la fin de la procédure.

Est-ce que vous imaginez que le tribunal puisse ne pas vous autoriser à procéder à cette expertise ? 

Moi, je ne l’imagine pas parce que si d’aventure l’Etat, le régime en place, avait un intérêt à ce qu’il n’y ait pas d’expertise de cette tombe, alors là, ça conforterait la thèse selon laquelle, de toute évidence, Thomas Sankara n’a pas été enterré en ces lieux, ce serait pour moi, sans équivoque, la preuve palpable qu’il n’a pas été enterré en ces lieux. A mon avis, ce n’est même pas profitable à ce régime sauf s’il a d’autres choses à cacher au-delà de l’assassinat. La première hypothèse serait qu’il n’y a pas été enterré ; la seconde, qu’il y a été enterré mais on ne voudrait pas qu’on découvre autre chose comme la mutilation du corps dont on parlait tantôt ; et dans ce cas, il ne faudrait pas que l’expertise révèle cela, car ça pourrait faire encore un choc.

Je peux comprendre qu’on n’ouvre pas une enquête pour savoir qui a tué Sankara même si au fond on sait tous qui l’a tué. Blaise a toujours dit que ‘’c’était Sankara ou moi’’. En somme, il aurait anticipé. Mais on imagine qu’il n’était pas l’auteur principal direct, puisqu’il n’était pas sur le terrain des opérations même si c’était à son profit. Ce sont ces hommes-là qu’il essaye de protéger, et cela, on peut le comprendre. Mais on ne comprendrait pas qu’on refuse de certifier que Sankara a été enterré dans cette tombe. Ce serait scandaleux !  par San Evariste Barro

 


Un cimetière sous haute surveillance

 

Thomans-sankara.gif

Entièrement clôturé, le cimetière de Dag-Noën est gardé nuit et jour par des éléments de la police nationale en faction aux deux portails est et ouest de cette nécropole. Leur présence vise surtout à assurer la sécurité des tombes qui s’y trouvent, et particulièrement celles du capitaine Thomas Sankara et de ses douze compagnons d’infortune. Cette sécurité a été rendue nécessaire pour éviter la profanation des sépultures en ce lieu, notamment celle de Sankara qui l’a été à plusieurs reprises. Un déséquilibré a même déjà été arrêté par suite de ces actes inqualifiables.

Seulement voilà, cette présence des forces de sécurité ne facilite pas toujours la tâche aux usagers occasionnels du cimetière, notamment ceux qui y vont s’incliner sur la dernière demeure d’un membre de leur famille. Monsieur K.N. ne dira pas le contraire, lui qui s’est vu refuser l’accès audit lieu par les flics alors qu’il était venu, avec un proche parent du village, honorer la mémoire de son défunt enfant. Il lui a même fallu faire preuve d’entêtement pour pouvoir aller s’incliner sur la tombe de son fils.

Une consœur d’une radio étrangère en mission à Ouagadougou le 5 mars 2014 s’est aussi vu interdire d’entrée au cimetière. Pour compléter son reportage, elle avait voulu faire quelques images de la sépulture de Sankara, mais ce fut peine perdue.

Dans le cadre de l’avant-papier sur le délibéré de la procédure d’assignation en reconnaissance officielle de la tombe de Thomas Sankara, notre équipe de reportage s’est rendue à Dag-Noën hier, sur le coup de 11 heures. Il s’agissait de voir si vraiment ce lieu était interdit d’accès, comme de nombreuses sources le laissaient entendre. Notre équipe a été accueillie à l’entrée par un policier. Contre toute attente, après les échanges de civilités, ce dernier nous a laissé entrer alors que nous lui avions bien précisé que nous venions visiter la tombe du capitaine Sankara.

Nous avions été très étonné de le voir nous suivre jusqu’au pied des treize tombeaux. Mais tout se gâta lorsque notre photographe  voulut faire des images desdites sépultures. Le policier s’y opposa fermement mais courtoisement, conformément aux instructions qu’il aurait reçues de sa hiérarchie.

Il passa un coup de fil à un de ses chefs qui lui fit savoir que c’était niet. A ce moment-là, nous précisons que nous sommes des journalistes de L’Observateur Paalga et que nous avons besoin de faire des images pour illustrer un article. Encore un échange téléphonique entre l’agent et son chef.

Finalement on nous fera savoir qu’il nous faut une autorisation expresse pour pouvoir faire des photos. Ce sésame, il semble que c’est à la Direction de la police municipale qu’on peut l’obtenir. Sans chercher à trop tirer sur la corde, nous avons pris congé de notre policier en nous posant mille et une questions sur les raisons de ce refus de laisser filmer les tombes.

Les autorités gagneraient à ne pas faire obstacle au désir des pèlerins qui veulent immortaliser leur passage à Dag-Noën. La présence du policier auprès d’eux peut se comprendre, mais interdire les prises de vues, c’est à n’y rien comprendre, car prendre une photo n’est pas synonyme de profanation. Alors, chères autorités, il est temps de revoir votre copie, de changer votre fusil d’épaule…

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Published by Evariste DJETEKE K. - dans politique Afrique et Monde
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