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Groupe de Reflexion et d'Action pour le Tchad
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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 11:13

 

 habré, Gouk et kamougué

Hissène Habré a été arrêté à son domicile par la Gendarmerie nationale sénégalaise, sur instruction du Procureur général près les Chambres Spéciales Africaines. Comme nous ne sommes pas spécialiste du Droit, nous n’allons pas nous aventurer dans ce domaine ;  cependant en tant qu’universitaire et libre-penseur, nous croyons avoir le droit, et le devoir surtout, de jeter un regard critique sur l’histoire politique de l’Afrique, du Tchad en particulier, de l’Indépendance au début des années 1990, pour éclairer la lanterne du contribuable sénégalais, notre employeur. Cette période correspond, sur le plan international, à ce que les analystes politiques appellent la « Guerre froide » entre l’Occident capitaliste et l’Est communiste, avec respectivement comme têtes de file les Etats Unis d’Amérique et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), aujourd’hui défunte.

Il faut dire que L’Afrique a terriblement souffert de cette « Guerre froide » entre ces deux pôles qui ont mené par le bout du nez les pays du Tiers-Monde pendant plusieurs décennies marquées par de multiples conflits internes et externes par procuration. En effet, si l’indépendance africaine a été un « échec », s’il y a eu des dictateurs qui ont brisé les os à leur peuple, cela est dû en grande partie à cette « guerre » qui a grillé et brouillé au Continent tous les sentiers qui devaient le mener vers le progrès social, économique et politique.

Aucun analyste politique sérieux, avisé, ne peut isoler le cas Hissène Habré, comme si ce dernier était un dictateur sorti du néant pour semer la désolation en massacrant son peuple et ses opposants, par simple cruauté, alors qu’alentour, tout marchait comme sur des roulettes russes ! C’est une attitude qui défigure la réalité historique tchadienne, africaine et mondiale, en occultant le contexte déterminant de la « Guerre froide », ainsi que les multiples alliances et contre-alliances qui se sont nouées et dénouées partout en Afrique et au Tchad durant cette période qui a fait beaucoup de mal à toute l’Humanité après la Seconde guerre mondiale.

C’est dans ce contexte de « Guerre froide » qu’en 1969 un jeune officier révolutionnaire dépose le roi Idriss 1er de Libye et prend le pouvoir à Tripoli pour proclamer la Jamahiriya Arabe Libyenne, proche du Bloc de l’Est et hostile à l’Occident. En plus d’être opposé au monde occidental, le jeune Khadafi prône un panarabisme et un expansionnisme qui le poussent à chercher à annexer le Tchad en profitant de la déstabilisation de ce pays voisin – qu’il a d’ailleurs provoquée en armant les Nordistes musulmans contre le pouvoir central dirigé par le Sudiste et chrétien François Tombalbaye, premier Président du pays, qui sera finalement tué au cours d’un coup d’Etat en 1975.

Les deux leaders rivaux de la rébellion du Nord Tchad, Goukouni Weddeye (Forces armées populaires, FAP, soutenues par la Libye) et Habré (Forces armées du Nord, FAN, soutenues par le Soudan) continuent le combat contre le successeur de Tombalbaye, le Général Félix Malloum dont l’Armée nationale sera mise en déroute sous les feux croisés des FAP et des FAN manipulées de l’extérieur. Le Général-président finira par remettre le pouvoir aux vainqueurs, et Goukouni devient président du GUNT (Gouvernement d’Union Nationale du Tchad) et Chef de l’Etat en 1979.

Goukouni et Habré, qui se sont toujours regardés en chiens de faïence, se livrent une lutte sans quartier pour le contrôle du pouvoir arraché aux Sudistes. En 1980, le chef des FAP fait appel à son alliée de toujours, l’Armée libyenne, pour chasser de NDjaména son « complice » et Ministre de l’Intérieur Habré, devenu son ennemi numéro un. En janvier 1981, pour mieux isoler ce dernier et réaffirmer le leadership de Khadafi dans la sous-région, une fusion organique est scellée entre la Jamahariya Arabe Libyenne et le Tchad de Goukouni.

Cette nouvelle donne, dangereuse pour l’Occident, pousse immédiatement la France et les USA à se ranger dernière Hissène Habré qu’ils dotent d’armes sophistiquées pour contrer leur ennemi juré, le Guide de la Révolution Libyenne. En décembre 1981, Habré, surarmé, s’empare de Ndjaména avec l’appui de ses nouveaux alliés – qui l’ont auparavant combattu sous Tombalbaye, puis sous Malloum. Goukouni est définitivement renversé par Habré et chassé de la capitale en juin 1982. Ses troupes et l’Armée libyenne se retirent de la capitale, mais continuent le combat pour le pouvoir…

La France, déterminée à préserver son pré-carré en Afrique Centrale, lance l’Opération Manta en 1983 avec un corps expéditionnaire dépêché pour s’opposer à la résistance des troupes de Goukouni et de Khadafi coalisées. Une autre intervention française dénommée Opération Epervier sera déclenchée en février 1986 pour porter l’estocade à l’Union Tchado-Libyenne. Elle permettra aux FAN conduites par Habré d’infliger à Khadafi et à Goukouni une cinglante défaite en 1987 et de libérer le pays du joug colonial libyen, à l’exception de la bande frontalière d’Aozou qui ne sera rendue par la Libye qu’en 1994!
Il faut noter que dès le 14 avril 1986 déjà, après avoir accusé Khadafi d’être le commanditaire de l’attentat meurtrier contre une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par des soldats américains stationnés en Allemagne, le président américain, Ronald Reagan, avait ordonné des frappes aériennes punitives sur Tripoli et Benghazi qui avaient tué plusieurs civils dont la fille adoptive du Guide de la Révolution Libyenne.

Après la perte du pouvoir en 1987, refugiés en Algérie, Goukouni et ses alliés ont utilisé tous les moyens pour chasser Habré du pouvoir. Habré et ses hommes de main, dont son conseiller pour la défense et la sécurité, Idriss Déby, en ont fait de même avec leurs alliés français et américains pour conserver le pouvoir.
L’histoire du Tchad est marquée par une longue période de rivalités et de terribles règlements de comptes entre groupes ethniques rivaux. D’abord les Sudistes qui ont sévi contre les Nordistes de 1960 à 1979. Ensuite les Nordistes entre eux, puis contre les Sudistes qui se sentent marginalisés et écartés du pouvoir! Aucun Tchadien ayant assumé des responsabilités dans ce pays – qu’elles soient civiles ou militaires, gouvernementales ou irrédentistes, n’a les mains propres ! C’est cela la triste réalité du drame tchadien!
A titre d’exemple, au début de son règne, Habré de l’ethnie des Goranes s’était allié aux Zaghawas, l’ethnie de Déby, pour réprimer les autres ethnies et leurs leaders. C’est seulement après que des Zaghawas ont été accusés de tentative de coup d’Etat contre Habré que ce dernier a commencé à s’en prendre à ces derniers ; ce qui a certainement poussé Déby à le déposer en 1992. Qu’ont-ils fait ensemble avant de devenir des ennemis ? Rien ? Sur tout cela les Chambres Spéciales Africaines ont choisi de passer l’éponge pour tout mettre sur le dos de Habré. Qui a franchement bon dos…
Ne perdons pas de vue que Habré a été mis aux arrêts suite à une plainte déposée… en Belgique par des Tchadiens devenus Belges. Et les Tchadiens qui sont restés Tchadiens et qui ont été victimes des autres dirigeants de leur pays ? N’ont-ils pas droit à une justice ? Qui cherche-t-on à protéger ? Qui manipule qui et à quelles fins ?

Que dire du cas Mengistu Haile Mariam d’Ethiopie qui, dans le même contexte de « Guerre froide » et presque au même moment que le régime de Habré, a fait massacrer plus de 500. 000 (cinq cent mille !) de ses compatriotes pour préserver son régime révolutionnaire anticapitaliste et prosoviétique ? En dépit de la gravité des charges qui pèsent contre lui, il se la coule douce au Zimbabwe, chez son protecteur, Mugabe… Qu’attendent les Chambres Spéciales Africaines pour aller le cueillir, lui au palmarès de loin plus macabre?
Ce procès, pour être crédible, doit être plus inclusif. Il ne doit pas être celui d’un seul homme, mais bien celui de la « Guerre froide » en Afrique, ou à tout le moins, celui de toute la classe politique tchadienne ! Mais il doit aussi respecter toutes les victimes ! Qu’elles soient Belges ou Tchadiennes !

Pr. Gorgui DIENG

Laboratoire d’Etudes Africaines et Postcoloniales

Département d’Anglais, FLSH, UCAD 

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Published by Evariste Koné D. - dans Opinions
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