La très probable séparation du Soudan en deux États et les risques qu’elle génère pour la paix en Afrique
seront, vendredi, au centre de toutes les inquiétudes lors d’un sommet en présence de Barack Obama. Le président américain a déjà fait savoir qu’il allait adresser un message "vigoureux" sur la
nécessité d’organiser en temps et heure le référendum crucial de janvier 2011. "L’intérêt de la réunion est d’encourager le Nord et le Sud à travailler constructivement ensemble" et de "planter
le décor d’un travail plus intensif", a espéré, mercredi soir, le porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley.
Les présidents rwandais, éthiopien, kényan, ougandais, gabonais, les deux vice-présidents soudanais, le
Premier ministre néerlandais, le vice-Premier ministre britannique, les ministres des Affaires étrangères de France, d’Allemagne, de Norvège, d’Inde, d’Égypte, du Brésil, du Japon et du Canada
seront présents à ce sommet. Le sujet nécessite "une vraie gestion de la communauté internationale et des pays voisins", particulièrement dans les trois mois qui restent, avertit une source
diplomatique occidentale.
Les Sud-Soudanais devront choisir le 9 janvier entre leur indépendance et le maintien dans le Soudan
actuel. Selon tous les observateurs, l’indépendance l’emportera dans cette région chrétienne et animiste durement éprouvée par une guerre de vingt ans contre Khartoum. Deux millions de personnes
ont péri lors du conflit, alimenté par des dissensions ethniques, idéologiques, religieuses et liées aux ressources énergétiques, notamment le pétrole.
Jonas Gahr Stoere, ministre des Affaires étrangères de la Norvège qui avait parrainé avec les États-Unis et le Royaume-Uni l’accord de paix de 2005 entre Khartoum et l’ex-rébellion du Sud, a
prévenu que "si les choses tournent mal, les conséquences déborderont largement du Soudan". Les préparatifs du vote ont pris du retard et les États-Unis menacent de prendre des sanctions
supplémentaires contre le Soudan, en plus de celles prises à cause du Darfour, si Khartoum n’assure pas un bon déroulement du référendum. Ils font miroiter des investissements si ce pays
obtempère.
L’indépendance imminente du Sud-Soudan inquiète les voisins à l’unité fragile comme le Tchad. Le Sud-Soudan
serait le premier État africain à naître de l’éclatement d’un pays (l’Érythrée s’est séparée de l’Éthiopie en 1993, mais avait existé par le passé). Si le référendum n’avait pas lieu,
"l’indépendance serait atteinte par d’autres voies (référendum unilatéral, déclaration unilatérale d’indépendance) et s’accompagnerait probablement d’une reprise des hostilités", juge un
diplomate occidental. "Le Sud peut donner l’exemple de la séparation à d’autres régions et peuples du Soudan", observe ce diplomate.
Les conditions de la naissance du nouvel État paraissent défavorables. "Le Sud-Soudan est encore moins démocratique, encore moins formé à devenir un État" que le reste du pays, selon un autre
diplomate. Les visiteurs qui se rendent à Juba, principale ville de la région, évoquent une administration très peu équipée pour prendre les rênes d’un État. Et la question de la répartition
future de la manne pétrolière fait craindre un retour de la guerre. La délimitation incertaine des 2.100 kilomètres de frontière entre Nord et Sud, la répartition des infrastructures et des
dettes, la question de la nationalité des sudistes restés au Nord, la crainte d’un afflux de réfugiés sont autant de sujets brûlants.
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