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Groupe de Reflexion et d'Action pour le Tchad
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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 09:35

 

Armée tchai à Kidal

Situé à la confluence des espaces géopolitiques de l’ouest africain et du nord de l’Afrique centrale, le Tchad apparait de plus en plus comme l’État-tampon, à la charnière des systèmes de conflits de la zone sahélo-saharienne, du bassin du Nil et de la Corne de l’Afrique.Son appartenance à différents organismes de coopération, à cheval sur plusieurs complexes régionaux ainsi que les nouvelles menaces sécuritaires nées de l’effondrement de la Libye de Mouammar Kadhafi notamment le risque d’une contagion de la poussée islamiste, nourrissent en partie les arguments d’une politique d’influence illustrée par l’intervention décisive du Tchad dans les conflits malien et centrafricain. Mais le Tchad est-il une puissance régionale, en mesure de convertir sa stratégie de projection régionale de la puissance militaire, en une logique de résolution des conflits ? La présente Note propose quelques pistesd’analyse à l’aune du rôle de N’Djamena dans les conflits malien et centrafricain.

Le Tchad et le chaos centrafricain 

La démission forcée du président de transition centrafricain Michel Djotodia et de son Premier ministre Nicolas Tiangaye – obtenue à N’Djamena le 10 janvier 2014 a confirmé, si besoin en était, la suprématie diplomatique et militaire du Tchad dans l’espace nord de l’Afrique centrale, ainsi que le statut de puissance incontournable acquis notamment dans le conflit malien.En dix mois à peine d’exercice du pouvoir, Michel Djotodia, premier Président musulman dans un pays à majorité chrétienne, avait fait l’unanimité contre lui en démontrant son incapacité à mettre un terme aux violences communautaires dans son pays, et à exercer un contrôle réel sur les éléments de la coalition hétéroclite de la Séléka, qui l’avait porté au pouvoir en mars 2013.

En effet, depuis le renversement du président François Bozizé par la coalition à dominante musulmane dirigée par Michel Djotodia, la Centrafrique a été emportée dans un cycle de violences intercommunautaires sous le regard impuissant des institutions de transition et de la force régionale d’interposition d’Afrique centrale, la MICOPAX.La convocation du sommet extraordinaire de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), à l’initiative du chef de l’État tchadien Idriss Déby, a été l’occasion pour ce dernier d’affirmer la prééminence de la CEEAC et de son président en exercice sur la gestion de la crise centrafricaine, face à l’échec patent de la transition.

Dans la nuit du 10 janvier 2014, les dirigeants de la CEEAC avaient ordonné au Parlement centrafricain de transition (Conseil national de transition – CNT), dépêché à N’Djamena par avion présidentiel tchadien, de préparer un accord prévoyant la mise à l’écart du président Djotodia et de son Premier ministre, afin de faciliter une sortie de crise.« La transition n’a pas fonctionné comme on le veut », avait estimé Idriss Déby. « Les autorités qui ont la charge de mener cette transition n’ont pas pu répondre aux attentes des Centrafricains et de la communauté internationale, dont les plus importantes sont l’ordre et la sécurité ». Le réquisitoire du président tchadien contre la direction centrafricaine ne peut cependant occulter la dimension régionale de ce conflit, ainsi que les responsabilités majeures du Tchad dans les crises cycliques qui affectent la Centrafrique. Bien que le conflit actuel se déroule sur le territoire centrafricain, sa compréhension passe aussi par la prise en compte de sa dimension transfrontalière impliquant au premier plan le Tchad, dans une certaine mesure les deux Soudan, mais aussi des pays comme le Cameroun.

Depuis les années 1980, en effet, N’Djamena joue un rôle déterminant dans l’’ascension et l’éviction des différents chefs d’États qui se sont succédé en Centrafrique. C’est avec le concours d’Idriss Déby que François Bozizé est arrivé au pouvoir en 2003, de même qu’il est incontestable que la coalition hétéroclite qui a porté Michel Djotodia au pouvoir a été constituée à partir du Tchad et du Soudan. Bien davantage, la Séléka est parvenue au pouvoir grâce notamment à la passivité des forces tchadiennes parties prenantes de la force régionale d’interposition, la MICOPAX, qui ont laissé les rebelles progresser vers Bangui sans s’interposer, alors que leur mandat le recommandait. Ce revirement est consécutif à la dégradation des relations entre Idriss Déby et François Bozizé depuis 2012, après des années de tensions. Le retrait soudain, en octobre 2012, des éléments tchadiens de la garde présidentielle de Bozizé, a été l’un des signes de cette rupture, qui augmentait les risques de coup d’État.

En une décennie, chaque année a été ponctuée de risques d’une rébellion en Centrafrique, entraînant la lassitude des alliés régionaux de François Bozizé.Ce soutien officieux apporté à la Séléka pourrait aussi s’expliquer par la volonté d’Idriss Déby de se débarrasser de certains rebelles tchadiens, dont une partie a rejoint les rangs de la coalition centrafricaine. Ces combattants initialement stationnés au Darfour à l’époque où Khartoum et N’Djamena s’opposaient par rébellions interposées sont devenus encombrants, dès lors que les deux régimes se sont réconciliés.Une autre appréciation prête à Idriss Déby la volonté de sécuriser l’accès aux champs pétroliers tchadiens, en dissuadant les compagnies chinoises susceptibles d’opérer dans le nord de la Centrafrique si la situation avait été stable.

Mais d’une manière générale, la présence et l’influence tchadienne en Centrafrique s’explique par la fragilité de l’État et le déficit du leadership à l’origine d’une instabilité chronique dans ce pays qui partage, dans sa frange septentrionale, les mêmes clivages socio-culturels et une continuité socio-anthropologique avec son puissant voisin. La Séléka, en dépit des revendications politiques initialement exprimées, reste un assemblage de groupes faiblement structurés, sans réelle chaîne de commandement ou de véritable contrôle au niveau politique. Par ses composantes, elle reflète davantage un mouvement régional que centrafricain. Son assise sociale se situe dans le nord du pays et au sein des groupes communautaires transfrontaliers.Dans ces régions caractérisées par une présence marginale de l’État, le sentiment national reste faible et la nationalité des habitants est mise en doute, même lorsque ces derniers sont nés en Centrafrique.

L’offensive rebelle de décembre 2012 a vue s’agréger au mouvement initial, des rebelles tchadiens en déshérence, des combattants soudanais11, des braconniers et des jeunes recrutés dans les villes conquises et principalement au sein de la communauté musulmane. En définitive, la Séléka a pris les traits d’un mouvement armé reflétant le ressentiment des populations du Nord mal ou peu représentées et que les habitants du centre et du sud du pays ne considèrent pas comme de vrais Centrafricains. Les exactions commises par les éléments de la Séléka, dans les jours qui ont suivi la prise de Bangui, ont vite exacerbé le clivage communautaire alimenté par le cycle de représailles et la mobilisation des milices « anti-balakas » prétendant défendre les communautés chrétiennes contre les agissements des éléments de la Séléka.

Lors des pourparlers de Libreville de janvier 2013, relatifs aux accords de partage de pouvoirs entre la rébellion et le Président François Bozizé, la diplomatie tchadienne entendre Idriss Déby avait imposé l’attribution du ministère de la Défense à la Séléka.Toutefois, l’incapacité du pouvoir de transition à rétablir l’ordre et la stabilité débouchera finalement sur la dissolution de la Séléka par Michel Djotodia en septembre 2013, sans que cela n’interrompe le cycle des violences. Aussi, l’échec du pouvoir de transition incarné par Djotodia reste dans une certaine mesure l’échec de la politique de la procuration sécuritaire de N’Djamena en Centrafrique. La tentative de reprise en main opérée par le sommet extraordinaire de la CEEAC de janvier 2014 pourrait, à court terme, rester sans remède sur l’absence d’un leadership de substitution, dans un pays divisé, sans État, et dépourvu d’une véritable armée.

Incertitudes et risques d’instabilité régionale 

Si le départ de Michel Djotodia et l’élection par le CNT de l’ancienne maire de Bangui, Catherine Samba Panza, à la tête de la transition, ont été accueillis favorablement par la population comme une étape de sortie de crise, ils n’ont cependant pas conduits à une baisse perceptible de l’insécurité à Bangui et dans le reste du pays. De plus, la présence des troupes tchadiennes reste une pierre d’achoppement : les soldats tchadiens, engagés au sein de la MISCA, ont été généralement perçus par les habitants de la capitale comme des alliés des anciens rebelles de la Séléka.

Des incidents survenus au cours des mois de décembre et de janvier derniers ont contribué à creuser la méfiance : un manifestant anti-Séléka a trouvé la mort après qu’une patrouille tchadienne ait ouvert le feu sur la foule à Bangui, tandis qu’une fusillade opposait des soldats burundais et tchadiens de la MISCA. Ces derniers étaient intervenus pour libérer des éléments de la Séléka appréhendés par le contingent burundais.La tension a été telle qu’il a été un moment question de redéployer le contingent tchadien pour la sécurisation du Nord du pays. Le Tchad, qui fournit le deuxième contingent militaire le plus important de la MISCA, avec 792 hommes très aguerris, reste cependant un interlocuteur incontournable, sans lequel rien ou presque ne peut se faire sur le plan politique.N’Djamena, qui exerce actuellement la présidence tournante de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), reste aussi un allié indispensable au Mali, où son armée a payé le plus lourd tribut en termes de pertes de vies humaines lors des opérations menées conjointement avec l’armée française, contre les djihadistes qui occupaient les régions septentrionales du pays.

La politique d’influence tchadienne en RCA s’explique par ailleurs par la présence en Centrafrique de milliers de ressortissants tchadiens, quelques 35 000 selon les estimations, dont la moitié vivait à Bangui au début de la crise14. Déjà pris en étau par d’autres foyers d’instabilité à ses frontières communes avec le Nigeria, le Niger et la Libye, le Tchad semble déterminé à ne pas laisser le chaos s’installer sur sa frontière méridionale. En attendant, la gestion chaotique du pouvoir pendant les dix mois de présidence de Michel Djotodia, ainsi que les conditions de sa démission, semblent augurer d’une longue période d’incertitude pour la Centrafrique. Le déficit de légitimité et de leadership est patent, de même qu’il reste difficile d’évaluer l’impact de la fracture communautaire née de la conquête brutale du pouvoir par la Séléka.

Le scénario de la tenue précipitée d’élections générales – inspiré de la gestion de la crise malienne et prévues au plus tard pour le premier semestre 2015 (même si Paris souhaiterait qu’elles soient organisées avant la fin 2014), reste un pari extrêmement risqué dans un contexte d’effondrement des institutions centrales, de faiblesse des partis politiques, de désorganisation de l’économie et de l’État. Sur le plan sécuritaire en effet, la présence de quelque 5 000 hommes de la MISCA, sur les 6 000 prévus, renforcés par 1 600 soldats français de l’opération Sangaris, n’a pas permis de mettre un terme aux violences meurtrières, ni d’enrayer l’amorce d’une territorialisation du clivage communautaire, avec l’exode des populations musulmanes des régions méridionales du pays.

À l’appel de l’état-major, des centaines d’ex-militaires centrafricains qui avaient quitté les rangs après la conquête du pouvoir par la Séléka, avaient rejoint les casernes début janvier pour reprendre du service. Nombre d’entre eux avaient rallié par dépit ou désespoir les rangs des milices anti-balaka. Le président du CNT et éphémère président intérimaire Alexandre-Ferdinand Nguendet avait alors plaidé pour une nouvelle armée qui réunirait les anciens soldats de l’armée régulière, les ex-FACA (Forces armées de la Centrafrique), ainsi que les anciens rebelles de la Séléka et les anti balaka. Cependant, ce scénario d’une réconciliation centrafricaine dépendra de trois facteurs :

-l’émergence d’un leadership rassembleur en mesure de fédérer toutes les composantes de la société ;

-la mise en place d’un plan de redressement économique pour répondre aux besoins d’une population fragilisée et de ses milliers de déplacés ; 

-et enfin d’un environnement régional fondé sur une approche plus collective de la sécurité. 

Le Tchad aura une grande part à jouer en optant pour une stratégie d’influence régionale moins axée sur la seule posture d’affirmation de puissance pour privilégier une approche visant la résolution collective des conflits. Les risques sécuritaires entourant le débordement des éléments de la Séléka et des ex-FACA dans les pays voisins, ne sont pas sans évoquer les développements de la crise rwandaise de 1994et pourraient ramener la pax tchadiana à un bricolage hasardeux… L’afflux des réfugiés et d’éléments armés en provenance du Rwanda dans l’est de la RDC, à la suite du génocide de 1994, est en effet en grande partie à l’origine des conflits qui endeuillent les provinces congolaises du Nord et du Sud-Kivu depuis près de vingt ans…

Bien qu’il soit largement admis aujourd’hui que les attributs de la puissance ont considérablement varié avec l’émergence de nouveaux acteurs internationaux, il reste néanmoins possible d’identifier quelques éléments déterminants de la puissance régionale. La typologie développée par Daniel Flemes demeure pertinente à cet égard, car elle confirme qu’un pays ne peut prétendre au statut de puissance régionale que s’il possède suffisamment de hard power et de soft power. Le politologue identifie quatre facteurs structurants de la puissance régionale :

-la revendication explicite d’un statut de puissance,  

-le degré de hard et de soft power,  

-le recours aux instruments de la diplomatie,  

-et l’acceptation par les autres pays de la région du leadership revendiqué.  

Pour ce qui est de la revendication du leadership, l’implication du Tchad dans la crise du Mali constitue un changement majeur vers une rhétorique officielle beaucoup plus volontariste dans le sens de l’affirmation d’un certain leadership. Fraîchement élu, le Président Hollande avait d’abord considéré le Tchad comme l’un des pays que le déficit en termes de démocratie et de droits de l’Homme ne prédisposait pas à un approfondissement des relations avec la France. Le revirement de l’Hexagone sur le dossier malien, où Paris a requis la contribution du Tchad, a été perçu par N’Djamena comme un acte de légitimation que sa diplomatie a intelligemment utilisé à son avantage.

Depuis lors, le Tchad assume plus ouvertement un rôle de leadership qui va au-delà de la seule prétention militaire. Il est vrai que cet engagement du Tchad au Mali, un pays de la CEDEAO, a été unanimement salué par la communauté internationale, à un moment où les pays de l’Afrique de l’Ouest ne se pressaient pas au secours de leur voisin assiégé. Pour ce qui est des ressources matérielles et idéationnelles, le Tchad apparaît en bien mauvaise position et peut difficilement revendiquer un statut de leadership dans cette catégorie en Afrique centrale. En effet au regard des critères du hard power (ressources matérielles), malgré la manne pétrolière et des progrès substantiels ces dernières années, le Tchad reste l’un des pays les plus pauvres dans une région où, il est vrai, les ressources abondent. Son PIB (12,88 milliards de dollars en 2012), est inférieur à celui des pays les plus importants de la sous-région (Angola, Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon et Guinée équatoriale), et son IDH (0,340) est aussi bien plus modeste que la majorité de ses pairs. En matière économique, le pays reste dépendant de la culture du coton et de l’exploitation du pétrole. En raison de son histoire d’instabilité politique caractérisée par des guerres frontalières (avec la Libye), des rebellions sur plusieurs fronts (soudanais et centrafricain) mais aussi par une tradition de la transmission du pouvoir politique par les armes et non par les urnes, le Tchad a beaucoup investi dans la constitution de forces armées dont le nombre a augmenté de manière substantielle. Ceci fait du pays, une force militaire dans la région mais un nain économique, travaillé par d’énormes vulnérabilités structurelles.

La fragilité structurelle du pays est encore plus explicite dans la catégorie des ressources idéationnelles. Malgré une vraie politique de stabilisation et de consolidation interne, le pays ne s’est pas encore fait remarquer par sa capacité à exporter des valeurs démocratiques et humanistes dans son environnement immédiat. Au contraire, le Tchad reste un pays où des opposants politiques sont contraints à l’exil, ce qui a une influence négative sur la perception symbolique du système politique et de la société tchadiens. Le Tchad n’est pas non plus connu comme un espace social où les universités et autres écoles spécialisées attirent des cadres d’autres pays et où les organisations de la société civile, y compris les instituts de recherche prospèrent.
Dans la catégorie du recours aux moyens de la diplomatie, le pays semble s’être récemment doté d’une stratégie pour sous-tendre ses ambitions avérées de leadership.

En effet, N’Djamena a savamment déployé un réseau et des moyens diplomatiques pour se positionner comme interlocuteur incontournable en Afrique centrale. En 2013, le pays a obtenu qu’une de ses ressortissantes occupe le siège de Commissaire de l’Union africaine pour le commerce. Au niveau de la CEEAC, en plus d’avoir obtenu la nomination d’un Tchadien au poste de Secrétaire général, le hasard du calendrier a voulu que N’Djamena occupe la présidence de l’organisation au moment où la crise Centrafricaine battait son plein. Pour couronner le tout, le Tchad s’est fait élire en 2014 au Conseil de sécurité des Nations unies mais aussi au Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Ces divers déploiements ne sont guère le fruit du hasard mais plutôt d’une diplomatie volontariste et porteuse d’un projet national que le pays gagnerait à articuler de manière plus explicite. La capacité du Président Déby à déceler les dynamiques régionales et internationales et à en tirer profit pour son pays et pour lui-même n’est pas étrangère à cet état de fait. Seulement, cet usage de la diplomatie ne semble pas aller au-delà d’ambitions nationales, le Tchad n’étant pas porteur d’un projet régional ou panafricain connu, qui positionnerait le pays favorablement dans sa course au leadership.

L’acceptation du leadership ou encore le degré de reconnaissance de l’autorité d’une puissance régionale par ses pairs restent indéniablement des critères beaucoup plus difficiles à évaluer au sujet du Tchad. Toute d’abord, parce que le statut de puissance régionale du Tchad n’est pas forcement avéré, ensuite parce que la seule capacité de projection militaire ne suffit pas à accéder au statut de puissance régionale légitime et responsable. Récemment encore, le Tchad était considéré au même titre que la RCA comme l’enfant malade d’Afrique centrale. Même si le pays a su se stabiliser au point d’imposer sa tutelle à la RCA au cours des dix dernières années, cette stabilité ne repose pas sur des fondements suffisamment solides pour faire du pays un modèle que d’autres pays voudraient suivre.

Bien au contraire, il n’est pas sûr que la stabilité actuelle survive au régime du Président Déby, qui n’a pas encore su établir un consensus national sur le modèle tchadien. De ce fait, il est difficile de conclure à une acceptation sans réticence des autres pays de la CEEAC du leadership tchadien.

Même si le Tchad est devenu un acteur incontournable dans la région de l’Afrique centrale, son statut de leader n’est pas avéré dans la mesure où il ne repose en grande partie que sur sa capacité de projection militaire et le volontarisme personnel du Président Déby. De plus, il n’est pas certain que le Tchad soit totalement capable de projeter la force militaire sans l’appui ou la bienveillance de la France, toujours présente lorsque N’Djamena s’engage dans un théâtre de crises (RCA et Mali). En somme, l’autonomie de projection militaire du Tchad n’a pas encore été réellement testée. La relative faiblesse économique, l’absence de modèle politique durable et les balbutiements d’une diplomatie au demeurant fort ambitieuse font du Tchad un acteur complexe, tiraillé à la fois entre une certaine volonté de puissance et les contradictions internes d’une société pré-démocratique en proie à de nombreuses fragilités structurelles. De ce fait, le Tchad n’est pour l’instant pas capable d’exporter

 

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Published by Evariste DJETEKE K. - dans politique Afrique et Monde
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