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Groupe de Reflexion et d'Action pour le Tchad
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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 10:23

Mahamat saleh Haroun

Mahamat Saleh  Haroun, réalisateur tchadien, a séjourné au Sénégal  du 11 au 16 février 2014, pour présenter son  denier film «  Grigris », sélection officielle   au Festival de Cannes 2013. Il était là  dans le cadre du projet « Ciné-phonie » qui accompagne la préparation du sommet de la francophonie à Dakar. Le film marque un tournant dans la carrière du réalisateur tchadien.

Grigris (Souleymane Démé) est son nom de star de la danse. Son corps désarticulé, loin d’être un handicap,  devient un espace d’expression où se télescopent plusieurs sentiments, qui vont de l’attirance  au simple plaisir de danser. Des sentiments nés de la maitrise de son art. Personnage touche à tout, Grigris  est apprenti photographe et  tailleur le jour, danseur la nuit. 

Il a clair conscience que la danse ne fera pas de lui un fortuné au point de le voir déposer sur le lit de son beau-père  (Marius Yélolo) malade, une liasse de billets de banque pour ses soins. Alors Grigris se lance  sur les chemins risqués  du trafic d’essence qui fera de lui un fugitif. Mahamat Saleh Haroun, grand prix du jury du festival de  Cannes en 2010, amorce  avec Grigris un tournant dans sa carrière. Grigris est un film manifeste qui dévoile clairement l’écriture cinématographique de Haroun que souligne la maitrise de la lumière et l’inspiration qui lui vient de Robert Bresson pour qui le silence est l’une des meilleures façons de faire parler le corps. Si le réalisateur est connu pour l’attention  qu’il porte à l’image dans ses films  afin qu’elle soit la plus soignée possible, il a obtenu à deux reprises le prix de la meilleure image au Fespaco  (pour Abouna et Daratt) Il a depuis ses débuts avec « Maral Taniè » , un court métrage sur le mariage forcé, centré ses préoccupation autour de la famille. 

L’écriture de Mahamat Saleh  Haroun est faite  d’inversion et de déplacement sur un soubassement de déconstruction. L’inversion consiste à détourner de leur sens des éléments, des attitudes ou  des objets déjà vus dans d’autres films qui sont autant de clins d’œil et marques de respect pour ses devanciers.  Il prend ainsi à revers certains éléments de Mooladé de Ousmane Sémbéne. Là ou Sembéne fait brûler  les radios, Haroun les fait réparer, là où le cercle de femmes de Moolade crie son indignation face à la torture de l’une d’elles, Haroun  reprend le même dispositif mais pose  ses femmes en défenseurs d’un homme pris au piège. L’amour métis souvent représenté par  une main blanche et une main noire qui s’entrelacent, Haroun le ramène à des pieds qui se câlinent. Le coup de feu simulacre de meurtre dans « Daratt », devient avertissement dans «  Grisgris ».  

 La famille pour Haroun reste la source nourricière de ses films , il opère constamment des déplacements ou des variations sur son thème favori :  pression familiale dans le mariage forcé ( Maral Taniè), le père qui déserte le foyer familial ( Abouna), le grand père qui veut venger son fils par le truchement de son petit-fils, ( Daratt), le fils qui détrône le père dans le lieu du travail  ( Un homme qui crie) et le beau-père qui devient père à la place du père ( Grigris). Si la figure du père est constamment présente, c’est à la famille et à sa recomposition auxquelles s’intéresse Haroun dont le maitre mot est : déconstruire toujours déconstruire.  

Déconstruire les mythes, les croyances pour révéler l’essence des choses.  Grigris n’est pas un handicapé, loin s’en faut, la marge n’est pas  la marge , elle est porteuse d’un esprit héroïque à savoir risquer sa vie au nom de la bonne action, capable de tolérance et d’amour à l’image de  Grigris pour sauver son beau-père. La famille n’est pas toujours fondée sur les liens de sang. 

Mahamat Saleh Haroun se dévêt de son légendaire pessimisme sur fond de guerre  pour un regard plutôt optimiste porté à Grigris qui devient un super héros  dans la quotidienneté de sa vie. En ce sens Haroun rejoint Ousmane Sémbéne dans sa définition de l’Héroïsme au quotidien, toutes ces personnes de l’informel qui ne baissent pas les bras devant les dures conditions de l’existence. Elles  sont hautement plus estimables que beaucoup d’entre nous. 

Bien que tourné de nuit et mettant en lumière la vie nocturne et souterraine de ses personnages, Grigris est un film qui en permanence joue sur la dualité ombre et lumière ; cour et arrière cour, Ying et Yang . Un balancement constant qui fait que les personnages de  Mahamat Haroun Saleh ne sont ni anges ni démons. Une double personnalité qui est la marque de tout homme et toute femme. Grigris a le mérite de prendre ses distances avec le  film voyeur qui mise  sur le handicap pour nous émouvoir, bien au contraire il nous  fait oublier le handicap du personnage,  pour ne prendre en considération que l’Etre. Grat avec Baba Diop   

 

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Published by Evariste Koné D. - dans Sport et culture
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